Bienvenue sur Créateur de Sommets !
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Il est 8h50. Mon interview commence dans dix minutes. Tout est prêt.
Le bouquet de fleurs derrière moi a été choisi ce matin pour donner un peu de douceur au cadre. La lumière naturelle tombe parfaitement sur mon visage. J’ai testé trois positions différentes hier avant de valider celle-ci. Mon micro est branché, vérifié, niveau réglé. Riverside est ouvert dans mon navigateur, la salle d’attente activée. J’ai feuilleté le livre une dernière fois, noté les passages que je veux absolument aborder. Je respire un grand coup. C’est ma toute première interview à distance pour mon premier sommet en ligne. Je veux que ce soit à la hauteur.
C’est à ce moment-là que je décide de jeter un œil à mes messages. Et que la journée commence vraiment.
Ce que je vais te raconter, c’est ce qui s’est passé dans l’heure qui a suivi. Et les péripéties auxquelles j’ai dû faire face lorsque la technique lâche au pire moment. Parce que cette première interview de mon sommet, qui aurait dû être un cauchemar selon tous les standards de la perfection que je m’étais fixés, est devenue l’une des plus belles rencontres professionnelles que j’ai vécues. Et qu’elle m’a appris des choses essentielles sur ce qui compte vraiment quand tu interviewes tes intervenant.
J’avais tout préparé. Vraiment tout.
Reprenons quelques semaines en arrière. Je découvre un livre. Je le dévore en deux jours. Une autrice dont je ne connaissais pas le travail, mais dont la pensée résonne tellement avec ce que je veux faire vivre dans mon sommet que je décide, sans trop réfléchir, de lui écrire. Un mail simple, honnête, dans lequel je lui explique mon projet et pourquoi je serais honorée qu’elle en fasse partie.
À ma grande surprise, elle me répond. Vite. Dans le 3 minutes. Pas de longue prose, pas de fioritures : du concret. Oui, ça l’intéresse. Voici ses disponibilités. Calons une date. Je vois au travers de nos quelques échanges qu’elle est une femme très occupée, ultra-sollicitée, mais d’une efficacité redoutable. Le genre de personne qui ne perd pas de temps. Le genre de personne qui, justement, mérite qu’on ne lui en fasse pas perdre.
Alors je prépare. Beaucoup.
Je teste Riverside avec une amie pour m’assurer que je maîtrise l’outil. Je réécoute l’enregistrement, je vérifie la qualité du son, je regarde le rendu de l’image. J’ajuste mon décor : je ne voulais pas d’un mur blanc, ni d’un fond trop chargé. Je finis par ajouter ce bouquet, parce qu’il apporte une touche vivante sans voler la vedette. Je ne prépare pas de vraies questions, au sens journalistque du terme. Mais les jours précédants, je parcours une nouvelle fois le livre. Je liste quelques sujets que je voudrais aborder avec elle. Je veux qu’elle sente, dès les premières secondes, que j’ai vraiment lu, vraiment compris, vraiment apprécié.
Cette préparation, je ne la regrette pas une seconde. C’est ce qui m’a permis de tenir debout dans ce qui allait suivre. Si tu te demandes comment choisir et inviter les intervenants de ton sommet, sache que tout commence là : par cette qualité d’attention que tu portes à chaque personne avant même de la rencontrer. Et encore plus quand il s’agit de la première interview de ton sommet !
Le message qui fait basculer la journée
Donc, 8h50. Je consulte mes messages, comme on lance un dernier coup d’œil au miroir avant un rendez-vous important. Et là, son nom s’affiche.
« Bonjour Laetitia, je suis désolée de vous prévenir si tard, je suis dans la file d’attente pour une prise de sang et il y a beaucoup de monde. Je fais de mon mieux pour être à l’heure.«
Je relis deux fois. Premier réflexe : un mélange de compassion et d’inquiétude. Compassion parce que je sais ce que c’est, ces journées où la vie ne te laisse pas le temps de respirer. Inquiétude parce que je me demande si l’interview va pouvoir avoir lieu, si elle ne va pas être épuisée, si elle aura la tête à ça.
Deuxième réflexe, très rapidement : je suis touchée qu’elle ait pris trente secondes pour me prévenir. Beaucoup de gens, dans cette situation, n’auraient rien dit, ou se seraient excusés en arrivant en retard. Elle, non. Elle anticipe, elle communique. C’est le premier vrai signe que j’ai en face de moi une professionnelle qui prend ses engagements au sérieux.
Je lui réponds rapidement quelque chose comme : « Pas de souci, prenez votre temps, on s’adapte. » Et j’attends.
9h00. Elle est là.

Quand la technique te lâche au pire moment
Elle clique sur le lien. Je la vois apparaître dans la salle. Je l’accueille, je souris. Et… rien. Pas de son. Pas d’image de son côté non plus. Juste son nom qui s’affiche dans une fenêtre vide.
Elle se déconnecte. Recommence. Toujours rien.
De mon côté, je relance la session. J’envoie le lien à nouveau. Elle clique. Elle entre. Et encore une fois, le néant numérique. Je commence à sentir mon cœur taper un peu plus fort. Pas de panique visible, juste cette montée intérieure familière à toutes les personnes qui détestent les bugs techniques et qui ont l’impression, dans ces moments-là, d’être complètement démunies.
Je dois être honnête avec toi : je me sens assez nulle en technique. Vraiment. Je sais utiliser les outils, je sais les paramétrer dans des conditions normales, mais quand il faut diagnostiquer un problème sur la machine de quelqu’un d’autre, dans un logiciel que cette personne n’a jamais utilisé, alors que je ne sais même pas si elle est sur Mac ou PC, je suis perdue. Je sens son agacement monter, légitime, parce que sa journée est déjà compliquée…
C’est là qu’il faut faire un choix.
Persister sur Riverside, qui m’aurait donné une qualité d’enregistrement supérieure mais qui visiblement ne va pas se laisser dompter ce jour-là. Ou basculer sur autre chose.
Je propose Zoom. Plan B. Solution de repli que tout le monde connaît, qui marche sur tous les appareils, et qui sauve les meubles dans 95 % des cas.
Elle se connecte à Zoom. Depuis son téléphone, parce que son ordinateur refuse obstinément de coopérer. Et là, je la vois enfin. Bonne image, lumière correcte, son clair. Format vertical, certes, alors que moi je suis en horizontal sur mon ordinateur. Ça va me poser des problèmes au montage, je le sais déjà. Mais à cet instant précis, je m’en fous. Elle est là. On peut commencer.
Si tu débutes dans l’organisation de ton sommet, il y a une croyance limitante qui te guettera : celle qui dit que tout doit être parfait pour avoir le droit d’exister. Cette croyance, je l’ai vue mourir en direct ce jour-là. Et c’était une belle nouvelle.
La décision qui a changé l’ambiance
Pendant qu’elle s’installe sur son téléphone, j’ai une phrase qui me traverse l’esprit. Une phrase simple, presque banale, mais qui agit comme un déclencheur : « Je décide que tout va bien se passer.«
Ce n’est pas une affirmation magique, ni de la pensée positive de comptoir. C’est une décision concrète. Je ne veux pas subir la situation, j’arrête de paniquer sur ce qui ne marche pas, et je choisis activement de transformer le moment qui vient. Je passe de « technicienne stressée qui essaie de tout sauver » à « humaine qui va accueillir une autre humaine pour une vraie conversation ».
Cette bascule intérieure, je ne savais pas encore qu’elle allait être déterminante. C’est pourtant elle qui a tout changé.
Je lui demande, calmement : « Combien de temps avez-vous devant vous ? » Elle me répond : « Une heure, pas plus, j’ai un autre rendez-vous derrière. » Parfait. On fait un petit brief de deux minutes pour qu’elle sache à quoi s’attendre, puis on enchaîne. Elle hoche la tête, déjà un peu plus détendue. Je clique sur « enregistrer ».
C’est à ce moment-là, je crois, que ma posture d’intervieweuse s’est vraiment installée. Ce n’était pas avant, pendant la préparation du décor ou pendant les tests Riverside. Là. Dans l’instant où j’ai accepté que rien ne se passerait comme prévu et que ça n’avait aucune importance.
Si tu veux creuser ce sujet, j’en parle plus largement dans mon article sur la posture de l’entrepreneur organisateur, parce que c’est exactement ce qui se joue ici.
La magie qui opère malgré tout
Les premières minutes, elle est encore un peu tendue. Voix légèrement plus rapide que la normale, regard qui cherche ses marques. Normal, après ce qu’elle vient de vivre. Elle se présente rapidement, et je pose ma première question. Elle commence à parler de ce qui lui tient à coeur, et je vois ses yeux changer.
Ce moment-là, je l’oublierai pas.
Parce que je crois qu’elle a senti, à cet instant précis, que je n’étais pas en train de dérouler une checklist d’intervieweuse pressée. Que j’avais vraiment lu son livre. Et qu’elle pouvait, en face de moi, déposer ce qu’elle avait à dire en étant vraiment écoutée.
À partir de là, tout s’est enchaîné avec une fluidité que je n’attendais plus. Elle a parlé de son livre, de son expérience, de ce qui l’avait amenée là, de ce qu’elle voulait transmettre. Le sourire est apparu progressivement, naturellement, dès qu’elle s’est lancée sur son sujet. Parce que c’est sa passion, et que quand quelqu’un parle de sa passion, quelque chose s’allume. On a ri à un ou deux moments. On s’est tus, aussi, sur des passages plus graves. Trente minutes ont passé sans que je voie le temps filer.
C’est ça, la vraie magie de l’interview. Pas la qualité de ton micro, pas le choix de tes plantes en fond. La rencontre. Le moment où deux personnes, qui ne se connaissaient pas il y a quelques semaines, créent ensemble quelque chose qui n’existait pas avant. Cette dimension, c’est précisément ce qui fait du sommet en ligne un événement aussi puissant. Si tu veux aller plus loin, j’en parle dans mon article sur l’esprit collaboratif du sommet en ligne.
J’ai cliqué sur « arrêter l’enregistrement ». Elle souriait. Première interview de mon sommet validée !
Le moment qui transforme une intervenante en partenaire
C’est ce qui s’est passé après qui m’a peut-être le plus marquée.
Une fois l’enregistrement coupé, on est restées en ligne quelques minutes. Je voulais lui expliquer la suite : comment le sommet allait être structuré, à quel moment son interview serait diffusée, quelle communication serait mise en place autour, qui seraient les autres intervenants, et surtout que sa participation pouvait être rémunératrice pour elle.
Je lui ai parlé du système d’affiliation, de la manière dont chaque intervenant pouvait recevoir une commission sur les ventes générées par sa propre communauté. L’objectif n’était pas de l’obliger à ce qu’elle fasse un effort de promotion qu’elle ne voulait pas faire. Mais juste pour qu’elle sache que si elle avait envie de partager le sommet à son audience, son temps et son énergie seraient reconnus concrètement.
Elle m’a regardée. Et elle m’a dit quelque chose qui m’a touchée : « Je ne m’attendais pas du tout à ça. En vous disant oui, je pensais juste accepter une interview d’une heure. Je n’avais pas réalisé l’ampleur de ce que vous mettez en place. Merci, vraiment.«
Cette phrase, je la garde précieusement. Parce qu’elle dit quelque chose d’important sur ce qu’on construit quand on organise un sommet. On ne « collecte » pas des interviews comme on collectionnerait des trophées ! On tisse des relations. Et on crée un écosystème dans lequel chacun trouve sa place, sa valeur, sa reconnaissance.
Cette autrice est passée, ce jour-là, du statut d’intervenante à celui de partenaire. Et c’est cette différence-là qui fait qu’un sommet réussit ou non sur le long terme.
Sa journée, qui avait pourtant mal commencé entre les problèmes de santé et les bugs techniques, s’est terminée sur un sourire. La mienne aussi.
Ce que je retiens pour ta première interview de sommet
Si tu t’apprêtes à enregistrer ta toute première interview pour ton sommet, voici ce que j’aimerais que tu emportes avec toi.
Prépare-toi à fond, puis accepte que rien ne se passe comme prévu.
La préparation n’est pas une garantie que tout sera parfait. Elle est l’assurance qui te permet de rester souple quand ça déraille. Sans elle, tu paniques. Avec elle, tu improvises. Continue à tester ton matériel, à choisir ton décor, à relire ton livre, à préparer tes questions si ça te rassure. Mais surtout, lâche l’idée que ça suffira à tout maîtriser.
Aie toujours un plan B technique sous le coude.
Zoom est ton meilleur ami quand Riverside, StreamYard ou ton outil habituel décide de te trahir. Tu y perdras peut-être un peu en qualité, tu galèreras peut-être au montage, mais tu sauveras ton interview. Et une interview sauvée vaut infiniment mieux qu’une interview annulée.
Quand ça part en vrille, ta posture devient ton meilleur outil.
Respire. Décide consciemment que la situation va s’arranger. Ton calme est contagieux : il apaise la personne en face, qui souvent est encore plus stressée que toi. Le syndrome de l’imposteur joue à plein dans ces moments-là (j’en ai parlé dans mon article sur comment dépasser le syndrome de l’imposteur) et c’est précisément le genre de situation où il essaie de prendre le pouvoir. Ne le laisse pas faire !
Ok, c’est la première interview de ton sommet. Mais la personne en face n’est pas sensée le savoir. Et un problème technique peut arriver à tout le monde. Ne te dévalorise pas, et passe à l’action !
Demande dès le début combien de temps ton intervenant a devant lui.
Tu adapteras le rythme, tu hiérarchiseras tes questions, tu respecteras son agenda. Ce simple geste te positionne immédiatement comme une professionnelle qui prend la rencontre au sérieux. Et ça change beaucoup dans la qualité de l’échange qui suit.
Souviens-toi que l’humain prime sur la technique.
Toujours. Une interview avec une image moyenne mais une vraie connexion vaudra cent fois mieux qu’une interview au rendu impeccable où personne ne s’est vraiment rencontré. Ce que les participants de ton sommet retiendront, ce n’est pas la qualité de tes plans de coupe. C’est ce qui s’est passé entre toi et la personne en face.
Et après ?
J’ai galéré au montage, c’est vrai. Mixer une image verticale avec une image horizontale, ce n’est pas le plus simple. J’ai dû faire des choix, recadrer, jouer avec les transitions. Mais je suis ravie du résultat. Pas parce qu’il est parfait techniquement : il ne l’est pas. Mais parce que ce qui se passe à l’écran, dans cet échange, est vrai. Et que les participants le sentiront.
La première interview de ton sommet ne sera pas parfaite. La mienne ne l’a pas été. Celle d’aucun organisateur de sommet ne l’a jamais été. Et c’est précisément ce qui la rendra mémorable ! Pour toi, pour ton intervenant, et pour les personnes qui la regarderont.
Alors prépare-toi sérieusement. Anticipe ce que tu peux anticiper. Et le jour J, quand quelque chose déraille (parce que quelque chose déraillera) respire un grand coup, décide que tout va bien se passer, et clique sur « enregistrer ». Le reste se construira dans la rencontre.
C’est ça, la vraie technique d’un sommet réussi.


